« Méditation cosmologique et immortalité des écrits : la transcendance ontologique des Lettres chinoises »
Vitesse :
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En vérité, les métamorphoses du Ciel et de la Terre prennent naissance dans l'infiniment ténu pour se résorber dans l'immensité du vide ; le principe qui meut les dix mille êtres procède d'un Souffle unique pour se manifester dans d'infinies singularités. Jadis, Fuxi traça les huit trigrammes afin d'entrer en communion avec les puissances spirituelles ; le Roi Wen composa les commentaires du Livre des Mutations pour éclairer la fortune et l'adversité ; plus tard, Laozi désigna la Porte des Mystères insondables, et Confucius transmit les lois fondamentales de la sagesse. Levant les yeux pour contempler les astres et les baissant pour scruter les veines de la Terre, les premiers sages participèrent à l'œuvre nourricière du Cosmos et instituèrent la Voie des Lettres (Wen) pour répondre à la Grande Voie (Dao). Car le Verbe n'est point simple parure rhétorique ou cadence sonore : il est ce par quoi s'expriment les passions intimes de l'Univers, ce par quoi l'on sonde l'essence la plus subtile des choses et soulage la détresse du peuple.
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Hélas, les lettrés des âges tardifs se sont égarés dans les tourments mesquins de l'avancement et de la déchéance, s'enfermant dans le travail minuscule et stérile d'orfèvres du style, faisant de la préciosité fleurie leur souverain mérite, pour perdre finalement la grandeur majestueuse et la puissance tellurique des origines. Ceux qui ne brûlent que pour la gloriole et le profit matériel, quand bien même ils connaîtraient un éclat passager sous la voûte céleste, aussitôt que tournent les constellations et que la grande roue du Temps poursuit son érosion, ils pourriront pêle-mêle avec l'herbe des champs. Comment pourraient-ils prétendre à l'éternité ?
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Seules les 'Trois Immortalités' célébrées par la tradition — fonder sa vertu, accomplir de hauts faits et léguer une parole inspirée — ne visent point à parade vaniteuse devant les siècles futurs ; elles consistent en réalité à prêter notre enveloppe charnelle éphémère pour embrasser les métamorphoses infinies de la création, et relier ainsi la fragile flamme de l'esprit individuel au fleuve intarissable de la vie cosmique. C'est pourquoi, ainsi que le proclamait Cao Pi, l'écriture littéraire est la grande œuvre souveraine régissant le destin d'un empire, une splendeur soustraite à l'anéantissement : les années ont un terme inéluctable, les honneurs et les jouissances ne durent que l'espace d'une chair, tous deux voués à disparaître selon l'ordre naturel, alors que la puissance du texte, elle, s'étend jusqu'à l'infini des âges. S'élevant sur les cimes pour embrasser le défilé des siècles, nous constatons que seul le Dao poursuit son cours éternel et que la Sainte Culture ne s'éteint jamais. Voilà le havre suprême où ancrer notre destin et transcender pour toujours la condition mortelle.
Grammaire
Points clés de grammaire
La locution classique 盖所以 (car c'est en vérité ce par quoi)